Quand performer devient obsessionnel

Publié le 05 décembre 2014
Une phrase vieille comme la terre circule au sein du club de vélo de montagne Cyclone d'Alma et va comme suit: "Ya pas juste le becyk à pédales dans vie". Je ne sais pas exactement de qui elle vient, car c'est un peu le mantra de tous (la légende dit que c'est le président fondateur Marc Deschenes qui l'a cita autour d'une bière au Crapaud, ça reste à valider). Tous au sein du club prônent de faire autres choses que des "courses de becyk": sport collégial/universitaire, patinage de vitesse, études, chest bras, musique, escalade, travail, café du clocher (des fois), etc. Notre entraineur Jude nous a toujours encouragé à faire autres choses que des entrainements de rouleau, d'avoir un équilibre de vie sain, pour ne pas que la pratique du vélo devienne une obsession au risque d'oublier qu'on en fait tout d'abord pour le plaisir. Ça circule un peu partout, William Goodfellow, cycliste sur route amateur s'est fait prendre pour dopage au championnat québécois. Un cycliste de 26ans, s'est dopé pour pouvoir "relancer sa carrière"... Je ne connais pas Goodfellow, je l'ai surement croisé cet été sur des sites de compétitions de vélo de route, mais je ne pourrais pas le reconnaître dans la rue. Alors je ne peux rien dire sur sa personne, par contre, un article est sorti sur son histoire dans LaPresse aujourd'hui. On y lit: «À 21 ans, quand je suis rentré à l'université, c'était vraiment le point critique, a relaté Goodfellow. J'avais une charge de cinq cours, dans une université et un programme super compétitifs. On nous demande de s'expatrier en Europe pour courir, d'être dans une forme incroyable en se préparant pour la saison dans des conditions hivernales. On demande de faire tout ça sans aucun argent.» Premièrement, chacun est libre de ses choix. De s'expatrier en Europe et d'être dans une forme incroyable, personne ne l'y obligeait. Et puis, chacun est libre d'aller à l'université qu'il veut dans un programme qu'il veut, sans parler que tout le monde aimerait avoir les poches remplies d'argent. Il raconte également qu'il a eu des troubles alimentaires lorsqu'il s'est mit à avoir une fixation sur son poids, s'étant aperçu que son talent et sa forme physique n'étaient pas suffisants pour être "bon", objectif que lui-même s'est fixé.

Travailler pour s'améliorer

Dans le sport, quand tu veux être LE meilleur au pays, tu t'entraines fort. Si ça ne suffit pas, tu t'entraines plus fort et tu fais attention à ton sommeil, ton train de vie, ton alimentation. Si ce n'est pas assez, tu t'y consacres entièrement, mets l'école/travail de côté quelques années pour tout investir dans ta carrière sportive, t'entoures de bonnes ressources (préparateur physique, mental, nutritionniste, thérapeute,etc.) et tu travailles fort. Rendu là, tu t'approches....mais dans le vélo, il peut arriver qu'il te manque encore un peu de watts pour avoir la petite coche qui te démarque du lot. C'est là que ça s'en vient "sketch" comme on dit. Il te reste encore des choix...soit que tu fais encore plus "attention*" à ta nourriture (*ici lire développer des troubles alimentaires et nuire à ta santé) pour perdre encore 5-10lbs (que tu n'as pas à perdre) et gagner en rapport poids/puissance, soit tu te dopes. Si ces derniers choix ne t'intéressent pas (et ne devraient pas t'intéresser) tu acceptes que tu n'as peut-être pas la génétique ou le talent pour devenir le meilleur au pays. Tu te fixes des objectifs réalisables, pratiques différents sports, et prends plaisir à le faire. À défaut de salir le sport en se dopant, je suis contente que Goodfellow ait donné cette entrevue, et que cet article fut publié dans La Presse. Ce sont des réalités qui affectent tous les cyclistes qui aspirent à performer. Ces épreuves qu'il a vécu, ces choix auxquels il a dû faire face, ce sont les mêmes pour tout le monde. Tout le monde veut être bon, s'éduquer, faire du vélo sans rien payer, s'améliorer.

SE FIXER DES OBJECTIFS

Le message que je veux passer s'adresse à tous mais surtout aux jeunes, de tous les sports et tous les clubs, qui rêvent de devenir des champions. Goodfellow est un exemple de mauvais choix, mauvais jugements. Les cartes qui lui ont été données au départ étaient les mêmes que tout le monde, il a discarté les bonnes et est resté avec un jeu pourri. Maintenant il se rend compte que ce n'était peut-être pas les choix les plus judicieux. C'est une personne qui aurait probablement due être mieux encadrée, par ses parents, ses amis, ses entraîneurs, peu importe, sachant qu'il est susceptible de ne pas reconnaître ce qui est bien pour lui. Il faut savoir doser, se donner des objectifs dans plusieurs sphères différentes, pour ne pas rester aux prises avec des cartes pourries comme celles de Goodfellow. Je trouve désolant de voir que certains athlètes se brisent et croient que la fin justifie les moyens à tout prix.

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